Sept Laux : le nouveau TSD6 Gypaète prend son envol

Sept Laux : le nouveau  TSD6 Gypaète prend son envol

La nouvelle remontée mécanique remplace la ligne du Pouta devenue obsolète. Il faut désormais moitié moins de temps pour atteindre le sommet depuis la gare basse.

Vendredi 21 novembre 2014, 10h45. C’est dans un petit feulement de vent d’altitude que nous arrivons en haut de la station, à 2 400 m. Les trois derniers pylônes se dressent devant nous, ancrés dans leur massif de béton. Quand on sait qu’ils ont été amenés là – pylônes, potences, balanciers – et ajustés à la main par les monteurs avec une précision millimétrique, tandis qu’un hélicopère Super Puma les tenait suspendus dans le ciel au bout d’une élingue, on comprend que les chantiers de remontées mécaniques soient parmi les plus difficiles et les plus spectaculaires qui soient. Et celui-ci l’a été particulièrement. Dans les derniers redressements rocheux avant le col du Pouta, ce sont des prouesses qu’ont réussies l’équipe de montage, le constructeur Doppelmayr (équipe de Modane) et la Société d’Economie Mixte Téléphérique des 7 Laux (SEMT7L), maître d’ouvrage des opérations.

Le vallon du Pra, ce petit joyau…

Le télésiège ralentit en arrivant dans la gare amont et nous descendons. C’est à peine si l’on a pu terminer notre conversation. Après un peu plus de 6 minutes de transport (soit deux fois moins de temps qu’avec l’ancien télésiège du Pouta arrivant au même endroit), nous nous retrouvons au bord du plus beau vallon enneigé en début de saison de Belledonne, et le plus facilement accessible : le vallon du Pra. La Dent du Pra (2 623 m) et son raide couloir sommital veillent au grain. Un peu plus loin le pic de la Belle Etoile (2 718 m), et plus à gauche encore le pic des Cabotes (2 732 m). Dans le vallon, en aval, le rocher de l’Evêque. Admirable paysage, bien connu des skieurs de randonnée, apprécié par les amateurs de hors piste et contemplé depuis les pistes du vallon par les skieurs de la station. C’est ce vallon du Pra ramenant vers Le Pleynet que les skieurs pourront rejoindre désormais plus rapidement, à moins qu’ils ne préfèrent redescendre vers Pipay ou Prapoutel, où deux télésièges débrayables rapides (5m/seconde) les propulseront de nouveau  au départ du TSD6 Gypaète.
La position de la nouvelle ligne est plus centrale sur le domaine et permettra une meilleure répartition du trafic, avec une gare aval située à mi-chemin entre Pipay et Prapoutel. Les nostalgiques de l’ancien télésiège du Pouta, un pinces fixes 4 places très peu confortable, secouant et producteur de gamelles mémorables se consoleront en pensant que l’ancien tracé surplombant le lac de la Jasse a été rendue à la vie sauvage. Il reste néanmoins accessible aux skieurs en descente. Côté pylônes, la station en a enlevé 9 de son paysage. Le TSD6 Gypaète n’en a nécessité que vingt, contre 29 pour l’ancien Pouta. A noter qu’un garage a été construit à côté de la gare basse, où les sièges seront abrités de la neige et de la glace. Un + pour le séant des skieurs…

Un domaine skiable entièrement rénové

Après le télésiège débrayable de l’Oursière en 2010, Le TSD6 Gypaète est donc le nouveau fleuron des Sept Laux. Après sept mois de chantier, il couronne une période de dix ans de travaux durant laquelle 90 % des remontées mécaniques ont été changées et modernisées. La station se hisse désormais au 2e rang national pour la modernité de ses R.M. : le parc des 7 Laux a une moyenne d’âge inférieur à 12 ans, contre 20 ans au plan national. Si on ajoute le reprofilage des pistes et son espace freestyle parmi les mieux notés de France, alors elle continuera de rester attractive dans les prochaines années.

100 000 passages supplémentaires

L’objectif du nouveau TSD6 Gypaète est multiple : rapidité du transport, confort, sécurisation, fluidité et meilleure répartition du trafic d’une part, développement du chiffre d’affaires et confortement de la position de la station en Rhône-Alpes d’autre part.  « On attend plus de passage et surtout davantage de fidélisation de nos clients », confie le directeur de SEMT7L, Jean-François Genevray.
La station réalise aujourd’hui 65 à 70 % de son C.A. en ski/journée, avec des skieurs grenoblois, chambériens ou lyonnais. Une clientèle qui a le choix dans une offre pléthorique et qui est très réactive : « Les amateurs de skis se décident la veille après avoir consulté la météo et zieuté les webcam des sites Internet des stations. Si les conditions sont bonnes, ils peuvent être là dès 8h, attendent l’ouverture des pistes et skient toute la journée. Il faut donc leur offrir le maximum. Avec ce TSD6 nous leur donnons accès au sommet du domaine skiable, depuis sa gare basse, en un peu plus de 6 mn, contre 12 min auparavant. Relié à deux autres télésièges débrayables rapides en partance de Prapoutel et de Pipay (télésiège des Chamois et télécombi du Grand Cerf), l’ensemble offre un dispositif de transport efficace, donnant accès à 1 000 m de dénivelé de ski vers Prapoutel, Pipay et Le Pleynet. Au final c’est donc plus de temps de ski sur la journée, et plus de pistes à dévaler. » On l’aura compris, le TSD6 est un atout dans la stratégie du troisième domaine skiable de l’Isère. « On aura réussi si on augmente le passage sur la nouvelle ligne », dit le directeur de la SEM. Sans vendre la peau de l’ours, il vise quand même plus de 400 000 passages skieurs, soit 100 000 de plus qu’avec l’ancien Pouta !

Gypaète, l’oiseau rare est de retour

Oursière, Chamois, Grand Cerf… beaucoup de remontées mécaniques des Sept Laux portent des noms d’animaux. Mais pourquoi Gypaète ? « Parce que l’on a vu ce grand oiseau emblématique passer dans le ciel le premier jour de la pose des bétons du chantier. On a proposé ce nom et l’idée a fait son chemin, et les élus du territoire ont choisi.
Le nouveau TSD6 est un appareil d’envergure… comme le gypaète qui est l’oiseau de montagne qui a la plus grande (2,90 m)», explicite J.-F. Genevray.

8 millions d’euros d’investissement

Le nouvel équipement a coûté 8 millions d’euros. Les aides publiques se sont élevées à 900 000 € (11,25 %). Le conseil général a notamment injecté
400 000 € et la Communauté de communes Le Grésivaudan, 450 000 euros. Des aides qui sont les bienvenues, mais qui constituent également un retour de la taxe annuelle de remontées mécaniques dont s’acquitte la station (loi Montagne)¹.

Le Pouta poursuit sa carrière au Kirghizstan

L’ancien télésiège du Pouta a connu une destinée similaire à celle de l’ancien télésiège de l’Oursière : il a été revendu. L’Oursière le fut à la station de Pralognan (Vanoise), le Pouta quant à lui intéressa une station beaucoup plus « exotique ». L’appareil démonté a parcouru plus de 5 000 km par voies diverses, notamment maritimes pour désormais équiper une station du Kirghizstan (Asie centrale, ancienne république de l’URSS). Les Kirghizes l’ont acquis pour 75 000 €. C’est peu en comparaison des 8 M€ d’investissement du Gypaète, mais cela a permis de règler une bonne partie du coût de son démontage avec un hélicoptère Super Puma.
« Cette économie n’est pas négligeable, et puis intellectuellement c’est intéressant de voir que ce matériel va servir encore. » Ce que l’on peut se demander, c’est comment cette vente a pu être réalisée… « On cherchait des solutions, est-ce que cela pouvait intéresser quelqu’un ? Et puis on a été approché par un intermédiaire, Michel Bouvier (Ndlr : ancien directeur de France Neige International), qui nous a fait une proposition pour équiper une station du Kirghizstan. » Tout se recycle !
B.C.
¹En France, ce sont 50 millions d’euros qui sont versés aux communes et départements au titre de cette taxe, qui ne pèse que sur l’activité des remontées mécaniques, à l’exclusion des autres prestataires des stations (source Domaines Skiables de France).

Fiche technique TSD6 Gypaète

– Maître d’ouvrage : SEMT7L
– Maître d’œuvre : DCSA
– Type d’appareil : TSD 6 places
– Constructeur Dopplemayr
– Montage MBTM
– Etudes topographiques : Mesur’Alpes
– Génie civil : MBTM
– Terrassement TMTC/Midali/Allamano
– Installation électrique : Seirel/EGIR
– Altitude station motrice : 2 380 m
– Altitude station de tension : 1 580 m
– Dénivellation : 800 m
– Longueur suivant la pente : 1 890 m
– Débit provisoire : 2 400 p/h
– Débit définitif : 2 700 p/h
– Vitesse nominale : 5,25 m/s
– Durée du parcours : 6 mn 25 s
– Largeur de la voie : 6,1 m
– Fournisseur du câble : ArcelorMittal
– Diamètre du câble : 50 mm
– Nombre de pylônes : 20
– Nombre de véhicules : 85 puis 96
– Puissance moteur : 1 000 kW (1 358 cv)
– Coût 8 M€ HT

Fiche technique ancien TSF4 Pouta

– Type : TSF 4 places non débrayable
– Constructeur : Montaz-Mautino
– Année de construction : 1987
– Vitesse : 2,3 m/s
– Débit 1 640 p/h
– Nombre de sièges : 138
– Altitude gare aval : 1 860 m
– Altitude gare amont : 2 380 m
– Dénivelé : 520 m
– Longueur : 1 390 m
– Nombre de pylônes : 29
– Puissance moteur 428 cv

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Montage des pylônes en gare amont à l’aide d’un hélicoptère Super Puma. Au fond, le Grand Pic de Belledonne. ©SEMT7L

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Un peu plus de 6 mn contre presque 12 mn auparavant, le « Gypa » vous fera gagner du ski… ©Bruno CILIO

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Au col du Pouta, 1 000 m de dénivelé de ski s’offre aux skieurs vers le Pleynet par le vallon du Pra, et vers Pipay et Prapoutel. Un spot sauvage qui s’est fait une solide réputation en quelques années seulement. ©Bruno CILIO

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La ligne du nouveau télésiège et l’ancienne. Le TSD6 Gypaète est plus central et répartira mieux le trafic.

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Lors d’une visite sur le chantier. De gauche à droite : Jean-Luc Billon, directeur associé de MBTM (co-traitant de Doppelmayr, génie civil et montage) ; Jean-François Genevray, directeur SEMT7L ; Jérôme Magnin, chef monteur Doppelmayr ; Aubin Favre Felix, chargé d’affaires Doppelmayr ; Sylvain Charmeaux, Seirel (sous-traitant Doppelmayr équipementier électrique), Loic Bérard, MBTM. ©Bruno CILIO