Saint-Maximin soigne ses hameaux

Saint-Maximin soigne ses hameaux

Eparpillé sur le versant de la montagne de Bramefarine, dans le Haut Grésivaudan qu’il toise du haut de ses 400 m d’altitude, ce discret et charmant village regroupe une douzaine de hameaux et un bourg-centre faisant corps autour de sa tour d’Avalon.

Les Bretonnières, les Rippelets, Repidon, Avalon, l’Echinal… Ils sont une douzaine de hameaux à s’égrener sur une dizaine de km2 au pied de Bramefarine. Cet éparpillement champêtre caractérise Saint-Maximin… et fait son charme. En se promenant de l’un à l’autre de ces écarts, on est traversé par un sentiment de quiétude et on finit par éprouver une sensation de « rupture » avec la vallée, pourtant toute proche. Un sentier agreste après le hameau de Répidon, devient sylvestre et débouche sous celui des Ripellets, nous offrant de contempler un splendide panorama qui embrasse le Grésivaudan vers le Sud, balaie le massif de la Chartreuse, la Combe de Savoie vers l’Ouest et au Nord le massif des Bauges. Ainsi respire Saint-Maximin.

Rajeunir une commune vieillissante
Avec 650 habitants, le village du Haut Grésivaudan figure dans le peloton des 21 communes de la vallée de moins de 1 000 habitants. A ce titre il est potentiellement concerné par le rassemblement dit de « communes nouvelles ». Avec ses 35 416 communes, la France recense à elle seule près de 40 % des mairies des 28 pays de l’Union européenne ; les fusions apparaissent donc comme la prochaine étape de la réforme territoriale. Question peut-être un peu prématurée : avec quelle autre commune pourrait donc s’allier Saint-Maximin ? Pontcharra ? Peut- être trop urbaine. Morêtel-de-Mailles ? Elle a déjà « épousé » St-Pierre d’Allevard (devenues toutes deux Crêts-en-Belledonne). En fait, si l’on regarde une carte d’état-major, on remarque des accointances naturelles avec Le Moutaret, village à peine plus haut sur l’autre versant de Bramefarine, distant de 6 km à peine et comptant 240 habitants. Saint-Maximin et le Moutaret semblent avoir de nombreux points communs… le principal constat sur la démographie est que la population est vieillissante, d’où la nécessité de favoriser un apport de population jeune (ne serait-ce que pour préserver le seul équipement public communal : l’école, qui accueille plus de 80 élèves), tout en veillant à contenir cet apport du fait des ressources limitées en eau de la com- mune. Michel Poinson, 2e adjoint au maire char- gé de la communication estime que dans l’ave- nir Saint-Maximin ne comptera pas plus de 850 habitants. On note que depuis deux siècles au moins, la population est stable. De 681 résidants en 1801, elle a atteint 971 habitants en 1836, soit à l’avènement de la Révolution Industrielle et du thermalisme qui ont transformé la ville voi- sine d’Allevard, et attiré et fixé autour d’elle une nouvelle main d’œuvre. La population se stabilise de nouveau à 658 Saint-maximois en 1901, elle chute après-guerre et atteint 291 habitants en 1962. C’est l’exode des campagnes vers les villes… Elle remonte ensuite et se stabilise dans les années 2000.

La Forge du Père Gauthier se rallume !
Il n’était que temps de ramener la vie dans ce lieu central du village, qui a vu passer tant de gens, d’animaux, d’histoires. Son renouveau est l’histoire d’une rencontre, entre la commune, l’ancien propriétaire M. Panério et JeanBaptiste Mérendet, petit-fils d’Eugène Charmet, qui a vécu à Saint-Maximin. Cette forge, les anciens s’en souviennent et les nouveaux habitants se questionnent sur son passé. Une association créée par Jean-Baptiste Mérendet va s’installer en ces murs, afin d’y remettre de l’activité, d’y organiser des ateliers de découverte, des visites, des ateliers plus confirmés. L’idée est d’en faire un lieu de rencontre, de partage, de discussion, entre un café et quelques coups de marteaux (sur l’enclume !)… Bref, rendre une place à ce lieu qui a si fortement vécu. Le projet se construit, il avance et les premiers pas des membres actifs dans l’atelier se feront au cours du printemps. Une première série de travaux nécessaires au rafraîchissement des lieux et à la remise en état des outils sera effectuée. L’inauguration offi- cielle est prévue pour juin. Tout le village sera convié, et même au-delà. Si d’ici là quelque fumée s’élève, ou si bruit de marteau résonne et que cela attise… votre curiosité, n’hésitez pas à venir rencontrer les animateurs du projet. C’est aussi le projet de la commune et de ses habitants. La porte sera ouverte.

Le PLU du renouveau dans la stabilité
Le Plan local d’urbanisme et le Projet d’aména- gement de développement durables devraient être des outils précieux pour développer une politique de maintien de l’existant et de rajeu- nissement démographique. Il faut conserver une offre de logement suffisante en nombre et en diversité, pérenniser l’activité agricole et l’exploitation forestière, valoriser et développer les activités culturelles et touristiques (notamment autour des fêtes de village), promouvoir la qualité de vie en préservant les caractéristiques du village. Bref, Saint-Maximin dessine un urbanisme durable et peu gourmand en espace, tout en développant ses réseaux d’eau potable et d’assainissement, ses réseaux de transport, en veillant au renforcement des équipements et des services publics. Bref, le village doit rester attractif.

L’étang d’Avalon, la nature au cœur du village
Sur le plan environnemental, Saint-Maximin valorise son marais – l’étang d’Avalon – classé en Espace Naturel Sensible (ENS). Il est couvert d’une importante roselière qui accueille de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs ainsi que des espèces protégées d’amphibiens. A noter qu’une monographie, intitulée La tour et l’étang d’Avalon, signée par l’historien Quentin Jagodzinski, est à télécharger sur le site Internet de la commune. Elle nous renseigne sur l’histoire d’Avalon. On y apprend que l’implantation humaine s’y est faite dès le IIIe siècle avant notre ère… Que le nom Avalon provient du gaulois « abalon » signifiant « la pommeraie »… Qu’au début XIe siècle, apparaît la famille d’Avalon, qui devient l’une des plus puissantes du Grésivaudan avec les Aymard de Domène… Qu’enfin Avalon est aussi le cadre d’une grande bataille, en 1591. Alors, François de Bonne Duc de Les- diguières, gouverneur de Grenoble rassemble 7 000 hommes et met en déroute 16 000 soldats des armées savoyardes. Le choc, terrible, se fait à Villard Noir (aujourd’hui hameau de Pontchar- ra) et l’onde se déplace jusqu’à Avalon…

Sur votre agenda
Fête de la Tour le dimanche 4 juin
De 9h à 18h : vide-greniers, marché d’artisans, buvette-repas, petit train, spectacle renaissance, tir au canon…

Femme de Saint-Maximin devant l’ancien prieuré Clunisien, (1900-1925). Collection Musée Dauphinois.

C’est un éminent scientifique et un homme discret voire humble qui est maire de la commune de Saint-Maxi- min, petite mais altière voisine de Pont- charra. Médecin général et biologiste, docteur ès Sciences, professeur agrégé du Val de Grâce (ministère de la Défense) et ex-directeur du CRSSA (Centre de Recherche du Service de Santé des Armées) à Grenoble, Jacques Viret est aussi un des derniers élèves du mathé- maticien français René Thom (1923-2002), le père de la « Théorie des catastrophes ». Il a enseigné au séminaire « Crise et escalade de la violence » à l’université Lyon 3 (Master 2 Recherche – 2006-2013), où il travaillait autour des modélisations dynamiques (topo- logie, turbulence) pour penser les crises poli- tiques.

Au côté de Dominique Dormond (1948- 2003) professeur et médecin-chef au service de Santé des armées et chef du service de neurovirologie du CEA, il aurait devancé de quelques mois l’Américain Stanley Prusiner dans la découverte du prion, « pseudo-vi- rus » responsable entre autre de la maladie de Creutzfeldt-Jakob et de la vache folle. Mais c’est le chercheur d’Outre-Atlantique qui a reçu le Prix Nobel de médecine en 1997 ! A l’époque, la grande majorité des biologistes, y compris français, jugeait l’existence du prion comme une hérésie et la découverte de MM. Viret et Dormond a un peu trop tardé à être reconnue !… Ce qui n’a pas empêché Prusiner de reconnaître, dans son discours de récep- tion du Prix Nobel, que ses collègues français l’avaient bien devancé. « Avec deux méthodes différentes, chacun dans nos laboratoires, nous avions atteint le même but », se félicite M. Viret, magnanime.
Engagé dans une recherche multidisciplinaire associant la philosophie, les mathématiques, le langage et la psychologie, il poursuit au- jourd’hui l’œuvre de René Thom. Il donne des cours à l’Université InterCommunale Grésivau- dan (UICG) et il prépare une conférence qu’il présentera à Bruxelles, à la fin de l’été, sur le thème « Les mathématiques peuvent-elles aider à mieux comprendre l’âme ». Un programme qui devrait réconcilier le sensible et l’intellect, les matheux et les littéraires !

Fils de militaire, ayant grandi à Maubec, village du Nord-Isère, Jacques Viret a commencé son secondaire en Autriche, où son père avait déménagé la famille. Dans les montagnes du Tyrol, le jeune Viret passionné de ski devint champion scolaire d’Autriche, avant de revenir en France et terminer son collège à Lyon. Excellent élève, il hésita entre les métiers d’ébéniste et d’agriculteur ; mais également attiré par les mathématiques et la médecine, il s’engouffra finalement dans ce dernier cursus, pour devenir chercheur. Il a étudié, entre autres, « la notion du temps en biologie »… A Grenoble, au Centre de Recherche du Service de Santé des Armées il a travaillé avec ses équipes dans les domaines de la prévention du risque chimique (gaz toxiques Soman/Sarin…), du risque biologique et du risque d’irradiation physique, recherches qu’il croisait avec celles des équipes civiles du CEA de Grenoble, qui elles travaillaient sur la radio-sensibilisation (traitement médical par irradiation). Jacques Viret a choisi d’habiter Saint-Maximin en 1990. Il a retrouvé ici un peu de son village de Maubec. Il lui arrive d’échanger dans le patois de son enfance avec une vieille dame du village.
En retraite depuis quelques années, il s’est vu tiré par la manche sur plusieurs mandats, avant finalement d’accepter de devenir maire, lors des dernières élections municipales (2014). Présidant aux destinées d’un village ayant peu de moyens, subsides qui de plus s’érodent chaque année, il cherche à faire va- loir le statut des petites communes comme la sienne, qui bien que rurales et adossées à des montagnes, ne sont ni des communes campagnardes, ni spécifiquement des communes montagnardes. Il imagine que dans 30 ans, il pourrait n’y avoir plus que 20 000 communes en France (contre 35 416 aujourd’hui) et que celles ceinturant la montagne de Bramefarine pourraient n’en faire plus qu’une seule…
Parmi les projets qu’il étudie avec ses collègues conseillers : la transformation d’une grange d’Avalon en lieu d’accueil, de manifestations, d’expositions et de spectacles. Mais avec quels moyens demande-t-il ? Il pense que le tourisme rural est une part de l’avenir du village, il échafaude l’idée une économie de transformation du bois vers les hameaux des Rippelets et des Bretonnières et en terme d’urbanisme une diversification légère de l’habitat à la Combe, projets qui pour voir le jour devront faire leur chemin…

Une tour, un saint et un cygne céleste…
La tour d’Avalon a été construite en 1895 par les pères Chartreux sur les ruines du donjon de l’ancien château médiéval de la famille de chevaliers Wallon-Romestang d’Avalon, présente dès l’an mille dans le haut Grésivaudan. On découvre les vestiges de l’ancien donjon au pied Nord. Composée de 3 niveaux et d’un 4e en terrasse couronné d’un faux mâchicoulis, elle est construite en partie en moellons de calcaire et en pierres de taille. Le 3e niveau est éclairé par des baies cintrées. Au sud, la tour est flanquée d’une chapelle dédiée à saint Hugues. De style néo byzantin, son architecture est re- présentative de l’inspiration romantique du XIXe siècle. Elle est inscrite au titre des Monuments historiques et a fait l’objet d’un programme de travaux de conservation.
Avec ses 33 m de haut, la tour d’Avalon est un des éléments identifiant le territoire du Grésivaudan.

Un cygne blanc apparaît…
Encore appelé Hugues de Lincoln, saint Hugues est né en 1140, au château d’Avalon. Il est le fils d’Anne de Theys et de Guillaume Romestang, seigneurs d’Avalon. Hugues a huit ans quand il perd sa mère. Il est alors placé à l’école de chanoines de Villard-Benoît, une des quatre paroisses du mandement d’Avalon. À quinze ans, il reçoit la tonsure qui le fait clerc, et à dix-neuf ans il devient diacre de la paroisse de SaintMaximin, qu’il va administrer pendant deux ans. En 1163, il entre à la Grande Chartreuse et se forme à la dure règle cartusienne. Dix ans plus tard, il est nommé procureur et restera sept ans dans la place avant de rejoindre l’Angleterre. En 1180, le roi d’Angleterre Henri II choisit Hugues d’Avalon comme prieur de la chartreuse de Witham. Celle-ci devient très vite un haut lieu spi- rituel. Le 21 septembre 1186, Hugues est sacré évêque de Lincoln, à Westminster. Lors de son intronisation, un cygne blanc apparaît dans les domaines de l’évêque. L’animal deviendra alors son emblème.

Détail du retable provenant de l’église de la chartreuse de Saint-Honoré à Thuison, près d’Abbeville, vers 1490-1500.