Du rêve de « legos » à la maison biosourcée de François Cochet

Du rêve de « legos » à la maison biosourcée de François Cochet

 

Cet entrepreneur de 56 ans né dans une famille de Chapareillan passionnée par le bois a investi les anciens locaux d’Ascométal, au Cheylas, pour développer la construction de maisons avec des murs préfabriqués en béton de bois. Avec trois sociétés, CCB, ABBC et LIGNOROC, il innove, crée, développe, commercialise et construit des produits et méthodes qui s’approchent toujours plus près de la construction écologique « 0 carbone ».

Dans la famille Cochet, l’arbre et la forêt apparaissent comme la clé de voûte dans une construction tradi- tionnelle. C’est le père, André, qui a diffusé autour de lui sa passion du bois et de l’exploitation forestière. Résultat, six de ses neuf enfants sont dans la filière bois, avec une entreprise phare installée au Cheylas : Bois du Dauphiné, créée en 1983 par François et Jean Claude Cochet, et aujourd’hui dirigée par Michel et ses frères Paul Bruno et Alain. Elle est couplée à une autre société Alpes énergie bois, qui valorise les déchets de coupe et sciure en fabriquant 55 000 tonnes de pellets par an et en produisant de l’électricité à partir d’une centrale thermoélectrique attenante d’une puissance de 6 MW En parallèle, François crée en 2006 la société Construction Composites Bois. Ce nouveau projet lui est venu au fil de ses expériences professionnelles, de ses rencontres et de son écoute du marché de la construc- tion alternative. Pour cet entrepreneur-né, qui s’est mis à son compte dès l’âge de 18 ans avec un CAP de maçon en poche, qui a été bû- cheron, exploitant forestier puis patron de scie- rie, il n’était pas envisageable qu’un arbre ne puisse pas être utilisé à 100 %.
Après la fermeture des dernières papeteries de la vallée, qui utilisaient des plaquettes bois (bois déchiqueté, déchets de scieries…), il était pour lui devenu évident d’introduire les plaquettes de bois dans la construction, leur donnant ainsi de nouveaux débouchés. En 2015 François quitte la scierie pour se consacrer exclusivement au développement de CCB.

Une maison de plus en plus écologique
C’est à partir d’une idée amusante : construire une maison comme avec des « légos », que l’entrepreneur a concrétisé ses défis. Il a commencé par améliorer cette innovation majeure qu’est le béton de bois, inventée il y a quelques années. Après trois ans de recherche et de mise au point d’un nouveau produit, il a conçu des murs préfabriqués épais de 20 à 34 cm, réalisés avec son mortier innovant¹ composé d’eau, de plaquettes de bois broyées (certifiées PEFC et provenant de scieries locales) et d’un liant miné- ral qui assure la résistance ; des murs destinés à la construction de bâtiments à faible consom- mation d’énergie, voire passifs, répondant à des critères de qualité, durabilité et confort de vie. Ils permettent de monter une maison de 120 m2 en deux jours seulement !
Améliorant toujours ses produits et process, CCB met aujourd’hui au point un nouveau type de dalle dans le même matériau, qui remplacera les dalles bois jusqu’alors utilisées.

En avance sur la RT 2020
Les avantage des murs et dalles en béton de bois sont multiples : ils consomment peu d’énergie grise², ils sont perspirants (ils évacuent la vapeur d’eau générée par les occupants de la maison tout en restant étanche à l’air), ils sont résistants, possèdent les qualités isolantes thermo-phoniques du bois, suppriment les ponts thermiques, sont classé M1 dans la résistance au feu (non inflammables) et sont simples et rapides à mettre en œuvre sur chantier. François Cochet croit dur… comme béton en l’avenir de ses produits : « Ils offrent aux particuliers porteurs de projets immobiliers, aux constructeurs, aux promoteurs et architectes, l’assurance d’une sobriété énergé- tique permettant des bâtiments Basse Consom- mation suivant la RT 2012. Nos produits arrivent sur le marché au bon moment : la demande pour incorporer le biosourcé dans la construction est de plus en plus importante et nous avons la res- source – le bois – juste à côté de chez nous… Avec eux nous sommes prêts à entrer dans la norme RT 2020. »

Un développement qui s’appuie sur trois sociétés
Le dispositif industriel de François Cochet est composite – comme ses produits – et comporte trois sociétés : CCB qui met au point les maté- riaux, investit dans la recherche et innove, elle construit également les mono-murs en béton de bois ; ensuite Alpes Béton de Bois Construc- tions (ABBC) qui est une coopérative artisanale dans laquelle se sont associés François Cochet, Xavier Villard et Pascal Bournay en qualité de cogérants, ainsi qu’une trentaine d’artisans locaux spécialisés dans la construction (architecte, ter- rassier, peintre, thermicien, maçon, électricien, plombier, chauffagiste, etc.). Cette coopérative met en œuvre les chantiers et livre les constructions clés en main aux clients, avec toutes les garanties inhérentes (CCMI). Enfin François Co- chet vient de déposer les statuts d’une troisième société, LIGNOROC, qui a pour objet de réaliser des promotions immobilières et de porter le déve- loppement des constructions en béton de bois .

La construction en filière courte !
Sans critiquer ce qui se fait ailleurs, François Cochet met en avant ses principes et il affiche un fonctionnement en « filière courte » plutôt original dans la construction : les plaquettes de bois qu’il utilise sont issus de forêts locales, la construction des murs préfabriqués est réalisée à Le Cheylas dans d’anciens locaux industriels en reconversion grâce à lui et il associe les artisans du cru à la construction de ses maisons. Cette proximité est pour lui un gage de qualité mais aussi de précision et de réussite dans l’organisa- tion et le suivi des procédures de chantiers.
Il y a un homme que François Cochet tient à citer dans l’historique qu’il nous fait de son aventure économique, c’est Raymond Nicolet. « J’ai passé mon CAP de maçon avec lui, j’avais 16 ans. Ray- mond a ensuite travaillé 28 ans durant comme constructeur professionnel. Je suis allé le voir et je lui ai proposé de m’accompagner dans mes pro- jets. C’est donc aussi grâce à lui et à ses conseils avisés que l’on a réussi à faire tout cela… »

300 000 euros de R&D en 2017
Nul doute que François Cochet va développer encore plus avant ses idées, ses projets et son entreprise. « Mon moteur, c’est la création, l’innovation. D’ailleurs cette année nous avons prévu d’investir encore 300 000 euros dans la recherche. » Parallèlement, son prévisionnel 2017 comporte 30 maisons à construire dans la région. Des projets collectifs et individuels tous différents. Mais François Cochet ne s’arrête pas là, il se projette dans la construction de bâtiments publics, commerciaux et tertiaires, dans le petits collectifs, l’habitations légère de loisirs.

(HLL). Autant de débouchés pour son fameux mur préfabriqué en béton de bois, dans lequel le nouveau propriétaire peut visser directement son petit « home sweet home », sans faire le moindre trou et donc… sans utiliser la moindre cheville !
B.C.

¹ Le principe constructif des murs CCB est protégé par brevets. Le process de fabrication et de montage a fait l’objet d’une validation technique par le bureau Alpes Contrôles, agréé et indépendant et d’un avis technique du CSTB.
² L’énergie grise est la quantité d’énergie nécessaire à la pro- duction d’un matériau

« L’enveloppe de nos bâtiments a un bilan carbone de fabrication négatif grâce au béton de bois, soit – 6 t en équivalent CO 2» nous dit François Cochet, devant les panneaux préfabriqués stockés dans son usine de Le Cheylas.

Le bilan carbone d’un bâtiment (100 m2), en tonnes éq CO2) est négatif pour une construction CCB.

Aspect du béton de bois

Un chantier

Maison individuelle Hauterives. Construction sur la base d’un plan fourni par le client auto-constructeur. Montage des murs en 48 h et couverture en 4 jours.

Canopy, une maison individuelle à haute performances, imaginée par les architectes de l’Agence 88 et réalisée par la coopérative d’artisans ABBC en contrat de construction de maison individuelle.

Projet de lotissement « vert » dans la commune de Barraux. Il comprendra 14 maisons biosourcées avec faible bilan carbone.