Le monde selon François Briançon-Marjollet

Le monde selon François Briançon-Marjollet

« L’enfant » de La Pierre a vécu un périple planétaire extraordinaire. Parti à Shanghai pour le business, il s’est lancé ensuite dans un tour du monde haletant, traversant une soixantaine de pays en 888 jours…
Comment échapper à la pression des journaux télévisés qui vous montre le monde le plus souvent sous ses seules coutures déchirées, à cause d’un conflit transfrontalier, d’une guerre civile, d’une épidémie, d’un tsunami ?
Comment apprendre à relativiser les messages adressés aux voyageurs par le ministère des Affaires étrangères, qui inscrit en rouge les pays où il ne faut pas se rendre, en orange les pays déconseillés, en jaune les pays où renforcer sa vigilance et en vert les pays où elle doit s’exercer normalement ?
Le Quay d’Orsay, qui exhortait encore les touristes français à la vigilance dans 40 pays après l’assassinat du Niçois Hervé Gourdel par un groupe djihadiste en Algérie, le 24 septembre dernier, mais qui le même jour, par la voix de son directeur de centre de crise, Didier Le Bret, appelait, lors d’un atelier au Salon du tourisme Top Resa (Paris), à « ne pas surréagir » à cette annonce. « Nous devons vivre, ne pas cesser d’être nous-mêmes. Il faut continuer d’exercer nos activités à l’étranger », déclarait-il.
Alors, que penser ? Sinon que nous savons du monde ce que les seules sources officielles et «autorisées» veulent bien nous montrer, nous dire. Ce qui crée confusion et cacophonie, perturbe nos facultés de jugement et crée un dialogue étrange, une dichotomie entre peur et réalité.
François Briançon-Marjollet a voulu la dissiper, et de la meilleure façon : aller voir sur place, se faire une idée in situ, découvrir lui-même le monde, en se lançant dans un voyage planétaire qui débuta à Shanghai en octobre 2010 et se termina dans la même mégapole chinoise en avril 2013. Il nous revient de cette immersion et émergence au monde avec un ouvrage singulier : Le Monde en 888 jours, de Shanghai à Shanghai. Un livre que tout voyageur, qu’il se rende à l’étranger pour son travail, ses études ou ses loisirs, devrait lire. Il condense, de façon rythmée, sans qu’il y ait la moindre place pour l’ennui, deux ans et demi de pérégrinations et d’aventure à travers 60 pays parmi lesquels : le Pakistan, Israël, la Syrie en pleine guerre civile, l’Egypte en pleine révolution, le Mali et Cuba… Tampon de passeport comme une cerise sur le gâteau, il termine son voyage dans une Corée du Nord sous le joug d’un pouvoir tout à la fois dynastique et totalitaire. Un des pires régimes de la planète pour l’homme, un « fantasme mondial subjuguant et mystérieux ». Mais, même là, comme au Pakistan, comme en Iran, François Briançon-Marjollet désapprend ce qu’il croyait savoir et découvre une autre réalité, au-delà de nos rideaux de fer intérieurs, qu’il nous livre aujourd’hui.
Si les voyages forment la jeunesse, ils fondent surtout l’Homme dans sa capacité d’ouverture, son regard et sa compréhension du monde. C’est ce que nous amène à comprendre ce jeune auteur-voyageur prometteur.
Bruno CILIO

Le monde en 888 jours, Shanghai – Shanghai,
de François Briançon-Marjollet
Ed. L’Harmattan. 226 pages – 23 €.
+ sur http://fbm888.com

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A 30 ans, François Briançon-Marjollet se dit « un homme heureux ». Après une scolarité vécue entre Tencin, La Pierre, Villard-Bonnot et Pontcharra, puis 2 ans de fac de sport, 3 ans d’IUP international de tourisme et un an d’école de commerce à Grenoble, ce Pierrois est engagé par un groupe de vignerons français pour représenter ses intérêts en Chine, à Shanghai. C’est alors qu’il est loin de chez lui, qu’il vit déjà en Chine, qu’un déclic se produit en lui. « C’était une évidence, il fallait que je reparte (plus loin), que je voyage pour m’offrir un instantané du monde aussi représentatif que possible. » Sans rechercher le danger, se fiant à son analyse des situations et contexte rencontrés, il vit les soubressauts du monde comme un vulcanologue au bord d’un cratère en éruption. Sur la place Tahrir au Caire, il contemple la révolution égyptienne de 2011. A Damas, il entend la pulsation cahotique de la Syrie en pleine guerre civile. Toujours il adopte le « profil bas » du voyageur : jamais d’arrogance, pas d’ostentation, beaucoup d’humilité et de dignité. Un voyage qu’il dit avoir vécu comme « une quête initiatique vécue au jour le jour. » ©Bruno CILIO