Domène regarde le Grésivaudan adossé à la Métro

Domène regarde le Grésivaudan adossé à la Métro

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Commune de 6 704 habitants imbriquée entre la gorge du Doménon et l’Isère, à peine moins grande (572 ha) que sa « sœur papetière » Villard-Bonnot, Domène est un village avec un petit cœur urbain entouré de zones rurales. La cité qui a abrité le réfugié Trotsky possède un riche passé industriel, elle a connu ensuite une dure récession, mais elle a rebondi dans les années 90, requalifiant son cœur de ville et ses friches industrielles et cultivant la mixité sociale dans l’habitat. Domène est rattachée à la Métro, mais contemple le Grésivaudan où elle est enracinée.

Domène est une commune qui a beaucoup donné au Grésivaudan. Comme Pontcharra, comme VillardBonnot, comme Le Cheylas, comme Froges, comme le Pays d’Allevard elle a offert des parts de son territoire, ses bras, ses jambes et son esprit de pionnier pour lancer l’industrialisation de la vallée, dès le milieu du XIXe siècle. En accueillant les industries papetières : la papeterie du Domeynon, créée par Amable Matussière en 1856, à l’origine du groupe papetier Matussière & Forest ; la papeterie de la Gorge, créée en 1853 par Louis Senequier-Crozet ; la Ouatose créée en 1929 par Vincent Nicolet et Paul de Gaudemaris ; en accueillant d’autres industries comme l’entreprise familiale Bonmartin-Laminoirs, créée en 1918 et spécialisée dans la fabrication de produits de laiton et de cuivre étirés et laminés, Domène a su construire un territoire fort et plein de caractère. Et cette réussite a rayonné largement, tous les territoires alentour en ont profité : la capitale des Alpes mais aussi le Grésivaudan tout entier, devenu aujourd’hui une des communautés de communes parmi les plus importantes de France, avec 46 communes, plus de 103 000 habitants, 8 000 entreprises et 37 000 emplois marchands (les emplois du secteur privé. Voir notre édition précédente : L’Aventure Economique : l’épopée du Grésivaudan).

Se relever après le knock-out
Après la Révolution Industrielle qui donna leur essor aux communes de la rive gauche de l’Isère, qui gagnèrent en population, en services, en commerces, en infrastructures de toutes sortes, vint le temps de la Récession. Elle est venue à l’après-guerre, comme une lame de fond qui a supplanté l’effort pour relever le pays après 6 ans de conflit, et a fait disparaître peu à peu les industries minières et textiles dans le Nord et l’Est de la France et a fortement impacté l’industrie sidérurgique. Ce syndrome récessif a fini par atteindre les fleurons de l’industrie papetière française dans les Alpes. Les papeteries de Domène, plus haut dans la vallée celles de VillardBonnot, plus haut encore celle de Pontcharra (Moulin Vieux) ont fermé les unes après les autres, et les entreprises de sous-traitance ont suivi. Les cités populeuses et incroyablement vivantes socialement et sur le plan associatif, les commerces florissants qui faisaient battre le cœur des cités, ont perdu leur enthousiasme. Ces fins d’épopées industrielle ont littéralement choqué, sidéré des villes entières et durement touché leur population. « A chaque fois ce furent plusieurs centaines de Doménois qui se retrouvaient sans emploi. Les ouvriers et techniciens papetiers connaissaient parfaitement leur travail, ils étaient de grands professionnels mais pour eux la reconversion fut difficile, dès lors que l’activité dans laquelle ils étaient très spécialisés a disparu de leur horizon », fait remarquer le maire de Domène, Michel Savin.
Après le knock-out de la fermeture des usines, il a donc fallu du temps aux anciennes cités industrielles pour se relever, se redresser, métaboliser les changements, repartir, conquérir un nouvel avenir. C’est un long processus dans lequel sont pleinement engagées les anciennes cités industrieuses du Grésivaudan. Elles bénéficient aujourd’hui de la solidarité d’un territoire tout entier, le Grésivaudan. C’est un juste retour.
A Pontcharra, à Villard-Bonnot, à Domène on traite depuis quelques années et aujourd’hui encore les friches industrielles, scories d’un passé flamboyant, devenues sombres verrues qu’il faut dépolluer avant toute réaffectation du foncier. Et, parfois même, ce n’est pas entièrement possible. Quand on peut, on redonne à certaines friches une nouvelle vie économique. Gagner des emplois et de la richesse sur ces terres « calcinées » par la récession industrielle, c’est logique, c’est souhaitable. A Domène c’est notamment le cas de la friche de la papeterie de La Gorge, rachetée par la scierie Sillat. Cette entreprise centenaire et visionnaire, créée en 1918 aux Adrets et aujourd’hui dirigée par Julien Sillat (4e génération), a reconverti le site à partir de janvier 2010, après avoir été sollicitée par la mairie de Domène. Avec ses 8 000 m2 de bâti et 30 000 m2 de terrain, la friche de La Gorge représentait une opportunité pour l’entreprise, qui transforme chaque année plus de 10 000 m3 de bois de pays. La société, qui emploie aujourd’hui 21 personnes et qui vient d’ouvrir un dépôt à Saint-Martin d’Hères, développe également une activité de menuiserie intérieure et extérieure, une activité de construction de maison ossature bois, fait du négoce en bois et dérivés et s’est spécialisée dans les matériaux écologiques. Certaines entreprises du passé ont cependant su traverser l’histoire en demeurant intactes. De nombreux témoignages de l’époque de l’exploitation de l’énergie hydraulique ont ainsi été transmis par la ville au musée de la Houille Blanche (Villard Bonnot). Témoignage de cet esprit pionnier, aujourd’hui encore Domène est l’une des 5 communes de France à continuer à produire de l’énergie à partir de sources d’eau potable. Elle possède une micro-centrale qui produit chaque année 4 millions de kw/h en moyenne. Cette électricité est vendue à EDF, générant ainsi une ressource pour la commune.

Requalifier le centre de ville
« Ici le centre ville crevait. On a donc mis en route un gros travail de requalification, qui a duré plus de dix ans, avec achats de bâtiments, démolitions, déménagement des commerçants, reconstruction, réinstallation.
Parallèlement, il a fallu s’occuper du problème des termites. On continue à faire des relevés pour vérifier que ce problème est derrière nous. Sur le plan social la commune a engagé un soutien et un accompagnement des personnes licenciées par les fermetures d’usines.
Et dans le même temps il a fallu continuer à développer, à doter la commune d’équipements : médiathèque, gymnase, gendarmerie, structure petite enfance, caserne des pompiers, annexe mairie… L’objectif était, est toujours de développer dans l’harmonie, d’éviter que Domène ne devienne une cité dortoir, d’où la volonté forte de maintenir l’activité commerciale. Aujourd’hui Domène a retrouvé son dynamisme. »
En dépit des traces laissées par l’industrialisation, Domène nous apparaît comme un gros village, elle est urbaine à cœur mais rurale autour, avec sa place de village entre l’église et la mairie, ses platanes et ses magnifiques joueurs de boules. C’est bien simple : les journées de soleil, on dirait le Sud. Les boulistes forment ici une institution. Leur présence est appréciée de la population doménoise, qui y voit sans doute l’expression d’une convivialité naturelle, d’une douceur de vivre. « Lorsque nous avons questionné les Doménois sur le réaménagement futur de cette place, la pétanque a souvent été citée comme une activité emblématique… »

Le commerce, c’est vraiment la vie !
Le commerce est très certainement un atout pour ce « village ». La commune l’a compris, qui s’est parfois lancée dans des opérations de portage pour le maintien de certaines boutiques. « Domène a acheté des bâtiments, des murs afin de maintenir le commerce de proximité, car il participe à l’attractivité de la commune. Et le marché est un vrai succès ! » Le cœur de ville est redevenu attractif, avec toutes ses boutiques. Domène est même une des rares communes du Grésivaudan ayant un véritable centre de ville commercial. « Il faut que les gens viennent », dit le maire, en  » VRP  » de sa cité. Un commerce en évolution, qui n’est pas loin de réfléchir aujourd’hui à l’aménagement de ses horaires d’ouverture, pour permettre aux Doménois quittant le travail ou aux salariés des entreprises doménoises de pouvoir faire quelques achats sur place, à la mi-journée ou un peu plus tard le soir… Il est certain que le commerce qui s’adaptera aux nouveaux modes de vie tirera son épingle du jeu. Sur la Z.I. de Domène travaille 2 000 personnes, c’est autant de clients potentiels en local…

Engagée avec la Métro
Commune du Grésivaudan, Domène a néanmoins choisi d’être rattachée à la communauté d’agglomération de Grenoble, plus connue sous le nom de La Métro. « Logique ! Puisque avant nous étions déjà membre du Syndicat Intercommunal d’études, de programmation et d’aménagement de la région grenobloise. Entrer dans La Métro s’est donc fait naturellement, c’était l’intérêt des Domènois, même si notre coeur, notre identité et notre histoire papetière, métallurgique et agricole nous relient au Grésivaudan. Avantages et inconvénients ? « Domène dans l’intercommunalité du Grésivaudan aurait fait partie des « communes importantes », dans La Métro, c’est plus compliqué : on discute avec Grenoble, Echirolles, Saint-Martin d’Hères, des communes de plusieurs dizaines de milliers d’habitants. Avec 6 704 habitants (Insee 2013), nous faisons partie des moyennes et petites communes. On n’a pas le même poids, mais on a aucun regret ! Le seul bémol c’est le fonctionnement de cette métropole, avec une majorité compliquée… »

Les Doménois : une population mixée
Si la population doménoise est d’origine ouvrière et rurale, de par son histoire, aujourd’hui elle apparaît plus mixée : « beaucoup de gens sont venus s’installer à Domène, en provenance d’autres régions de France, mais aussi d’autres communes du Grésivaudan et de la Métropole. Il ont fait le choix de s’installer dans une commune de la Métro mais qui n’est pas trop urbaine, qui compte de nombreux services, avec une qualité de vie, une vie associative. C’est ce que me disent les nouveaux Doménois lorsque nous les accueillons en mairie à leur arrivée dans la commune. »

Vers une réouverture de la gare ?
La gare de Domène est fermée depuis plusieurs années. Une situation qui embarrasse les Doménois mais aussi les habitants de Revel, SaintJean-le-Vieux, Le Versoud, Biviers, Saint-Ismier, Montbonnot qui trouvaient bien pratique le quai doménois… « Il y avait trop d’arrêts selon la SNCF, Domène étant la plus proche de l’agglo et ayant un service de bus (SEMITAG) performant, j’ai accepté la fermeture. La bonne nouvelle (récente) c’est que la Région va lancer une étude pour sa réouverture, avec la SNCF et le cofinancement de la Métro. »

Construire dans l’équilibre et la mixité
Sur la rive gauche de l’Isère, les réserves foncières des communes font parfois défaut, mais pas à Domène. « Nous en avons suffisamment pour pouvoir construire demain de l’habitat équilibré dans la mixité. Et nous pouvons imposer notre calendrier aux promoteurs, avec des projets qui devront être en harmonie avec la ville, en terme d’espace, de hauteur, de mixité sociale. On ne cherche pas à gagner de l’argent en densifiant le logement, on cherche la qualité du cadre de vie, un équilibre entre public et privé. »

Mais encore…
Zone d’activités : « On souhaite développer une zone d’activités de 22 ha du côté de chez Payant. Le projet n’est pas prioritaire pour la Metro. Il faudra arbitrer… »
Requalification de friches industrielles : « Nous avons un projet de village d’entreprises, sur 1 ha de la friche Matussière & Forest, avec une quin
zaine de lots, pour des artisans, de petites PME, et un projet urbanistique avec mixité de logements sociaux (25%), de logements en accession à la propriété (65%) et en accession sociale (10%). Coût pour la commune, 5M€. Avec des retombées mais pas avant 5 à 7 ans.
Fiscalité
« Mes directives pour le budget, c’est que l’on n’augmente pas la fiscalité. C’est compliqué. Alors nous réduisons la voilure, nous sommes davantage gestionnaires, nous faisons des arbitrages… »

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a 58 ans, et comme beaucoup de Doménois il a travaillé dans la papeterie, débutant sa carrière professionnelle comme mécanicien-tourneur, avant de se lancer dans le commerce, d’ouvrir un bar (qui existe toujours), puis de revenir et poursuivre sa carrière dans les métiers techniques.
En 1990, au décès de son père, Maurice Savin, conseiller général (UDF-PR) du canton de Domène, une figure locale très appréciée, Michel Savin est sollicité pour prendre la suite. « Je connaissais peu la politique locale, même si je savais tout de l’implication de mon père dans la vie publique. J’ai accepté de reprendre le flambeau et j’ai été élu la première fois grâce au nom que je porte et à la confiance qu’il suscitait, l’expérience vint ensuite. »
A l’âge de 32 ans, Michel Savin est élu le 7 octobre 1990 sous la bannière de la majorité départementale de l’époque (droite et centre), lors de l’élection cantonale partielle de Domène, face à deux élus briguant le poste devenu vacant, deux autres figures locales très connues, Gaby Soto le maire communiste de Villard-Bonnot et Jean Perron-Bailly, maire socialiste de Domène. Michel Savin est réélu quatre ans plus tard au premier tour, puis en 1995 il est élu maire de Domène, après avoir créé une liste avec des gens qui « comme moi voulaient faire bouger les choses à Domène. » Son mandat actuel est le quatrième mais il n’envisage pas de se présenter à nouveau lors des municipales de 2020. Il est conseiller de Grenoble-Alpes Métropole.
Sur le plan politique, il est élu en janvier 2009 à la présidence de la fédération UMP de l’Isère, dont il démissionne 19 mois plus tard en dénonçant le manque de transparence du fichier des adhérents locaux. C’est en conduisant une liste dissidente de la liste officielle de l’UMP qu’il est élu sénateur en septembre 2011. Au Sénat, il siège au sein du groupe UMP et fait partie de la commission Culture, Éducation et Communication. Il envisage de se représenter aux sénatoriales de septembre 2017, probablement cette fois sous les couleurs des Républicains.
En avril 2016, on connaissait déjà le nom du candidat qu’il soutiendrait à l’élection primaire de la droite et du centre pour la présidentielle de 2017 : François Fillon.

Que pense Michel Savin de…
L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d’Amérique et la tentation du populisme ? « Il y a le discours de la campagne électorale, pour attirer un électorat : on est dans la provocation et le populisme, et après on est face à la réalité. Attention ! J’espère que les Français tireront la leçon de ce qui se passe aux E.U., à droite comme à gauche, pour les élections présidentielles de 2017… »
Que fait-il quand il a du temps libre ?
« J’essaie de voir des rencontres sportives (dans sa jeunesse Michel Savin a été capitaine de l’équipe de basket de Domène) : rugby à Grenoble, basket à la Tronche, des matches à Domène… Et puis dès qu’il fait beau je fais des balades en montagne avec ma compagne et des amis. Et je joue aux boules, mais pas assez (pas encore). J’aime bien la convivialité du jeu. » Et la musique ? « Dernièrement je suis allé voir Les Insus ex-Téléphone à Lyon, je n’avais pas trouvé de place à Grenoble. Téléphone, c’est ma jeunesse ! »
Un homme historique qu’il admire ?
« Il y en a beaucoup… Je pense surtout à un homme qui n’est pas historique, mon père. Je sais d’où je viens, mon père était ouvrier, j’ai moi-même travaillé à la papeterie. Si je me suis toujours battu, c’est grâce à mes parents, grâce à mon père qui était toujours ouvert aux autres, investi dans la vie politique locale et syndicale. Il était également correspondant de presse et il aimait profondément sa commune, cela se lisait dans ses articles. »
Une femme ?
« Simone Veil, quelle personnalité ! Dans une époque où ce n’était pas facile, elle a mené des combats qui ont marqué l’histoire de France. J’aime les gens qui, comme elle, savent aller contre l’opinion publique sur la base de leurs convictions, affrontent des majorités pas encore prêtes à entendre certains discours… »

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La friche industrielle, un espace à reconquérir !

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La rue Jaurès à Domène, la rue du commerce !

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Marché de Noël le 3 décembre
Organisé par le Sou des Ecoles, de 10h à 17h, avec la chorale Pamido, la chorale de l’école de Musique, créateurs et artisans, buvette, vente de sapins. Présence du Père Noël et de sa boîte aux lettres, animation pour les enfants.
Emplacement pour les créateurs et artisans gratuit, sous réserve d’acceptation par le comité d’organisation. Contact : sde.domene@gmail.com

Noël Doménois le 17
Les commerçants sont partie prenante de cette manifestation organisée par la commune, avec un programme inédit et un marché d’artisans créateurs, des professionnels dont une douzaine apporteront une dimension artistique et originale à la manifestation.
Horaire : de 10h à 18h au centre-ville
Programme
-Promenade en calèche (10h-13h)
-Père Noël matin et après-midi
-Quatuor d’accordéons (11h30)
-Animation commerciale & Tombola gratuite
-Artisans créateurs professionnels
-Vin et chocolat chaud (matin), château gonflable et barbe à papa offerts par la municipalité (14h-17h)
-Mascottes de dessins animés (15h-17h)
-Stands de marrons chauds (Sapeurs-Pompiers), crêpes (ESD Gym), petite restauration (RCD Handball) et boissons chaudes (Tennis Club). Accès libre. À noter que la rue Jean Jaurès sera fermée à la circulation à cette occasion